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Le geai oiseau ou l’âme-oiseau

17 août
3 min de lecture

Il est arrivé le soir de l’éclipse, éclipsant par là-même l’importance du phénomène

astronomique au moment précisément où il se mettait en place.

Alors que la Lune commençait à se rapprocher du soleil et à créer un début d’obscurité sur

la terrasse, le geai des chênes est apparu en haut de l’escalier, sur la façade ouest de la

maison. Il est venu s’installer quasiment contre la caméra qui était positionnée pour

enregistrer l’éclipse. Très étonnés, nous avons veillé à ne pas l’intimider, nous parlions à voix

basse et évitions des mouvements amples pour ne pas l’effrayer. Mais assez vite, il est

apparu que notre visiteur n’était pas farouche et était même assez familier du genre humain.

Plus encore, il était curieux, très curieux de la caméra qui, délaissant le sujet astronomique,

se focalisa alors sur lui. Et c’était à se demander qui, de l’oiseau ou de la caméra, observait

qui ! Le geai suivait la caméra comme pour être certain de rester dans le champ de vision !


Alors que nous nous déplacions sur la terrasse, il se mit à nous suivre, de la terrasse vers la

table puis le salon de massage et de retour vers la maison.

Aux Pierres Lotoises, nous sommes habitués à vivre entourés d’oiseaux à la belle saison, au

rythme joyeux des retrouvailles de Pâques avec les hirondelles qui viennent nicher et se

reproduire chez nous, dans la buanderie. Le ballet des tourterelles dans le tilleul et le frêne,

la course des merles sur le muret de la terrasse, dans le potager et autour de nos fruitiers,

les courses des mésanges bleues et des moineaux, la percussion du pique et pêche bercent

nos journées du printemps à l’automne. Sur la route qui mène à la départementale, les

futaies et les haies libèrent dès le printemps des grappes de petits oiseaux dont on ne sait

s’ils s’amusent ou s’affolent de notre passage mais qui font, chaque fois, notre

enchantement.

En cet été de très fortes chaleurs, nous avons particulièrement pris soin de disposer et

maintenir remplies des écuelles d’eau et de disposer du pain et des graines sur la grande

table en pierre sur la terrasse. Nos amis volatiles sont donc, malgré la canicule, restés bien

présents, partageant avec nous les moments de relative fraicheur des levers et couchers du

soleil.

Mais ces deux jours avec le geai furent différents !


Apparemment présent dans le hameau de Laval chez quelques voisins ces derniers jours, il

a, durant deux jours, accompagné nos activités avec une proximité, une audace et dans un

désir de communication évident. Non seulement il s’exprimait, chantait et poussait de petits

cris, mais il semblait également vouloir interagir avec nous. Ainsi, lorsque j’étendais du linge

sur le fil tôt le matin et qu’il me surprit en arrivant par derrière et se posa juste en face de moi

et m’observa, avant de commencer à titiller les épingles à linge, comme pour m’aider ?

Prise au jeu, je lui parlais moi aussi, pensant à la prédication de Saint-François d’Assise qui

voyait en chaque oiseau un être pourvu d’une âme, un frère ou une sœur parmi toutes les

créations de Dieu. Peut-être même qu’il s’agissait de la réincarnation de l’un de ces

nombreux chers disparus ?

Devenu la mascotte de nos visiteurs, il partagea au sens propre le petit déjeuner de certains,

puisqu’il alla jusqu’à dérober une moitié de madeleine maison, laquelle fût sans doute


laissée imprudemment à sa portée …Perché sur le dos des chaises, il écoutait nos

conversations, sautillant d’une place à l’autre. Il accepta de venir manger des miettes de pain

et des céréales dans nos mains et alla même jusqu’à plonger son bec dans un verre

pourtant rempli de vin, ce qui provoqua chez lui un hochement de tête étonné. Il est entré

dans la cuisine, brièvement car il ne pouvait évidemment pas y prendre ses quartiers, et,

tenant à conserver une proximité avec nous malgré tout, il s’est installé sur le rebord de la

fenêtre de la cuisine, juste de l’autre côté, pour épier mes mouvements tout cherchant du

bec, ce qu’il pouvait bien picorer.

Chacun scrutait le ciel, les branches des arbres et venait aux nouvelles : avez-vous vu le

geai ? Est-il encore là ? Chacun voulait son moment avec lui, faire l’expérience insolite,

spontanée et authentique de ce dialogue mystérieux avec l’oiseau bleu. Quelques idées de

noms ont circulé, pas définitives et pour moi il restera le geai, ou plus prosaïquement,

« Loulou » ! Etait-il mâle ou femelle ? Pas de certitude mais une hypothèse qu’il s’agit d’un

mâle, vu sa taille notamment.

Avec la poésie du crayon et le regard de l’enfance, Gabrielle a capturé la personnalité

insolite de notre visiteur.

Nous commencions à nous habituer à sa présence et à son comportement facétieux. Mais

voilà, cela fait aujourd’hui trois jours qu’il n’a pas reparu. Peut-être reviendra-t-il sans crier

gare ? J’espère que ce sera avant la prochaine éclipse !



 
 
 

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